samedi 10 novembre 2012

CHRONIQUE - NOTRE DAME (JEAN BASTIDE)

Voici une nouvelle adaptation de "Les Misérables" du grand Totor Hugo. Donc, côté scénario, c'est du lourd.Côté dessin, c'est beaucoup plus léger avec le trait fin et élégant de Bastide (dessinateur de "Hugo et Iris"). Pour celles et ceux qui connaissent, le dessin me rappelle beaucoup celui de Munuera dans "Le signe de la Lune", et ce n'est pas un mince compliment. C'est très beau et délicat.L'histoire est connue mais Recht la raconte au travers du récit d'un vieux papy qui conte sa jeunesse à sa petite-fille Garance.Lire un grand classique de la littérature illustré avec le talent de Bastide est un vrai plaisir.

Chronique réalisée par Jean-Michel (Blanc-sec)



CHRONIQUE - KILILANA SONG

Tribulations d'un gamin de onze ans, orphelin, en Afrique noire. Histoire "exotique" permettant de découvrir la vie de tous les jours d'un pays lointain, un peu comme Aya de Yopougon pour celles et ceux qui connaissent. C'est pas une BD d'action mais d'atmosphère. Scénario agréable à suivre, permettant de découvrir une culture et un mode de vie différents. Le dessin est fait à l'aquarelle aux contours marqués à l'encre. Les peintures sont très belles et rendent très bien les différentes lumières du pays. Le récit parle aussi de marins et il y a de très belles vignettes de l'océan ou de bateaux.C'est un vrai plaisir de lecture et je recommande chaudement.
Chronique réalisée par Jean-Michel (Blanc-sec)


vendredi 9 novembre 2012

CHRONIQUE : BATCHALO

Résumé : 1939, Europe de l'Est. Suite à l'enlèvement d'un groupe d'enfants, un clan tsigane, accompagné de Josef, un policier Tchèque dont le fils est aussi porté disparu, organise une battue. Sur leurs traces, ils voyagent à travers la Bohême, jusqu'à être internés, puis déportés à Auschwitz. Parqués dans le camp de la mort, ils dépérissent, privés de ce qu'ils ont de plus cher : leurs enfants et la liberté.

Mon avis : Superbe album ! Le dessin est vraiment très beau. C'est de la couleur directe au lavis sépia, un peu comme Servitude chez Soleil pour ceux qui connaissent. Mais avec des teintes plus saturées et plus chaude. L'ensemble est vraiment splendide. Seul regret : les cases sont un peu petites pour profiter pleinement de la précision des dessins. Je pense que l'auteur doit utiliser un format nettement plus grand que celui de l'abum.
Le scénario est bien construit, on comprend très bien comment un gadjo (non Rrom) est accepté par le clan et comment les liens se tissent peu-à-peu entre Josef et les Tsiganes. On perçoit trop bien la montée du nazisme et l'étau qui se resserre petit-à-petit autour d'eux.
On découvre alors toute l'horreur des expérimentations nazies sur les enfants tsiganes et l'extermination de ces populations qui n'ont comme seul tort que de ne pas vivre comme les autres, comme les sédentaires des pays qu'ils traversent.
L'album fait aussi réfléchir sur la façon dont les Rroms sont traités aujourd'hui. on y sent des relents nauséabonds.

A noter un cahier pédagogique de 5 pages sur le peuple Tsigane, l'extermination et les tortures nazies, un lexique et une bibliographie.
Batchalo signifie "Bonne chance" en Tsigane.


Bref : un album absolument superbe de part son graphisme et indispensable par le devoir de mémoire qu'il rappelle et le message de tolérance qu'il véhicule.
Chronique réalisée par Jean-Michel (Blanc-sec)

jeudi 8 novembre 2012

CHRONIQUE : LES QUATRE COINS DU MONDE



En 1919, le Capitaine Dupuy est dépêché à la recherche du Capitaine Barentin dans les montagnes du Hoggar. Les questions de son second sont le prétexte d’un récit qui nous conduit sur les traces du Capitaine Barentin du désert saharien aux tranchées de Verdun puis de nouveau dans le désert.
L’histoire nous transporte dans le désert aux côtés des troupes françaises de pacification des zones touaregs et dans les tranchées. Labiano rend compte des difficultés liées à la coexistence des deux cultures au sein d’un même peloton. Il décrit aussi la faculté du désert et des combats à dépouiller les Hommes de leurs oripeaux culturels et sociaux.
Le dessin est détaillé et le trait précis. Les couvertures et certaines planches sont magnifiques, les expressions des visages donnent vie aux sentiments des personnages. Le dessin est particulièrement bien servi par les couleurs apportées par Jérôme Maffré. Les nuances du jaune à l’orange et celles brunes et vertes rendent hommage aux nuances du désert et des tranchées.
L’ambiance du diptyque n’est pas sans rappeler les récits des méharées de Théodore Monod. L’humanisme du Capitaine Barentin fait écho à celui de Charles Péguy et du Père de Foucauld.
Au final une excellente BD que je relirai avec plaisir en rêvant à une longue méharée arrêtée pour le campement et à une discussion autour d’un thé au cours d’une froide nuit dans le désert.

Chronique réalisée par Romain
Emission sur le dyptique :




mardi 30 octobre 2012

INTERVIEW DU SCÉNARISTE DE "SYNCHRONE"

Le tome 2 de cette série prévue en un premier cycle de 3 vient de paraître aux éditions LeLombard.
Pour mieux vous la présenter, nous avons rencontré le scénariste, Vincent DELMAS, dont il s'agit de la première BD après une carrière d'écriture pour la TV.
Et si après cette passionnante interview vous avez envie de lire SYNCHRONE, vous savez où l'acheter ;-)



D'abord, un petit résumé, avec les mots que Vincent a choisis pour la 4ème de couverture du T1 :
"La balle qui a tué la femme de Ian Mallory a également plongé ce dernier dans le coma. Trois ans plus tard, il se réveille, atteint d'une étrange pathologie : il vit ses émotions en différé. Séduits par l'idée d'un agent sans émotions, la NSA lui propose d'exécuter les missions les plus extrêmes, contre des informations sur le meurtre de sa femme. Ian accepte, mais sans se départir de son style bien particulier. Car, contrairement à ce que pensent ses employeurs, il reste humain... à quelques heures près !"


Pourquoi l'intrigue se passe-t-elle aux États-Unis?
VD : L'histoire était à l'origine imaginée pour la télévision. Par conséquent elle se déroulait en France du fait que les tournages à l'étranger dissuadent bien de producteurs. C'est une fois que le projet est devenu une bande dessinée que le directeur éditorial du Lombard de l'époque m'a suggéré d'envisager les choses de manière plus internationale, notamment en raison de la fin de la série. Ce qui m'a finalement paru très logique aux vues des ramifications de l'enquête qui mènent à un large complot. Et puis Riccardo CROSA avait envie de dessiner Boston...
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La pathologie du héros - les émotions qui ne se déclenchent que des heures après l'évènement qui les a suscitées - existe-elle vraiment? Avez-vous eu l'idée en découvrant cette pathologie quelque part, ou à l'envers avez-vous fait des recherches pour trouver quelque chose qui cadrait, une fois l'histoire établie ? 

La pathologie est imaginaire, même si elle s'inspire de certaines existantes. Et j'ai jeté les bases d'une histoire d'espionnage tout en m'interrogeant sur la spécificité qui pourrait caractériser mon héros. Plutôt que de lui attribuer une qualité hors-norme, genre c'est un médium, un profileur qui repère le mensonge à des kilomètres, j'ai voulu trouver quelque chose de plus ambivalent. Une caractéristique à mi-chemin  entre le don et la malédiction. Et lors de ma documentation médicale, m'est venu cette idée de sentiments vécus en décalé de quelques heures, qui parfois lui rend un grand service, et d'autres fois le fout dans la merde. Note : une émission de neurosciences à dédié une petite enquête à Synchrone sous le point de vue médical, en le jugeant cohérent et plausible. Vous pouvez revoir la vidéo ici :

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Vous avez opté pour un héros d'une certaine façon handicapé, la quarantaine, d'une extrême maigreur, et engagé dans une famille recomposée : il ne s'agit pas là des caractéristiques classiques du héros qui fait fantasmer !

Les hommes de la quarantaine remariés apprécieront :)
Les héros sans faille sont un peu passés de mode je trouve, et ça m'amuse beaucoup de forcer le trait de l'antihéros. Mais avoir un protagoniste a priori non qualifié pour le job est aussi un atout en terme d'identification. Synchrone c'est les services secrets vus par un débutant, qui plus est n'en a rien à foutre de la sureté nationale. Il se prend le bec avec sa hiérarchie comme il le ferait avec sa femme, et remplit ses missions avec le même détachement que lorsqu'il remplit son caddy ! 


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La femme du héros qui se fait assassiner dès les premières planches du T1 est enceinte : Était-ce vraiment nécessaire ? Car ça commence fort dans la noirceur !

J'avais besoin d'un drame originel suffisamment fort pour que le lecteur ne puisse pas totalement échapper à la compassion. Mais je vais être honnête, c'était aussi jubilatoire pour moi de commencer mon histoire de manière si horrible. Puis c'est rapidement devenu important pour la suite de l'intrigue. Mais je ne peux pas vous en dire plus sans nuire au suspense. 

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Dans ce tome 2, il y a 3 lignes narratives à suivre : le meurtre de la femme de Ian, le pétrin dans lequel il se trouve avec la NSA qui l'a recruté, et le fait qu'il couvre le meurtre perpétré par sa belle-fille Naomi dans le T1. Seront-elles toutes résolues au T3, ou laisserez-vous une ouverture pour une suite ?

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Ce qui peut encore être perçu dans le tome 2 comme des ramifications, converge en fait vers l'intrigue principale dans le tome 3. Par exemple on y découvre que le drame qui s'est joué dans la chambre de Naomi, la fille de la nouvelle compagne de Ian, qui dit avoir tué son petit-ami pour légitime défense, est en fait étroitement lié au recrutement de Ian. Le T3 répondra donc à beaucoup de questions, et bouclera cette première mission, c'est une fin de cycle. 
Mais il restera à notre héros beaucoup à découvrir sur le meurtre de sa femme. Pour les lecteurs de La Pieuvre, un petit cadeau : en exclusivité la page 1 du tome 3!

et aussi le croquis d'un projet de couverture (non retenu): 

Pour ceux qui apprécient le dessinateur italien RICCARDO CROSA, il est possible d'acquérir (toujours chez nous hein) son autre série, "Vigilantes" chez Soleil. Voici le visuel de la couverture du tome 2, qui sortira bientôt.



mercredi 24 octobre 2012

CHRONIQUE BLACKSAD - GUARNIDO



      Un polar où des animaux anthropomorphes évoluent dans le New York des années Cinquante. John Blacksad (chat), détective privé, solitaire et cynique, enquête sur de sombres affaires. Il a peu d’amis (le chien-policier Smirnov et la fouine-journaliste Weekly), un seul grand amour perdu, Natalia.

      Le rythme est parfaitement maîtrisé grâce à un découpage magistral et l’auteur ne lésine pas sur les décors : graphiquement, c’est une pure réussite, rehaussée par des couleurs à l’aquarelle, délicates et précises. Côté scénario, Blacksad ne révolutionne certes pas le genre, mais il en respecte tous les codes, jusqu’à la mélancolie subtile qui se dégage dans tout bon récit « noir ». Ne vous faites pas fourvoyer par le découpage fluide de cet ancien de Disney qui est Guarnido, ni par l’univers animalier : Blacksad boit, fume, tue, souffre par amour… et les auteurs traitent de tous les sujets : la mafia, le racisme, l’idéologie extrême, la drogue... 














mardi 23 octobre 2012

CHRONIQUE BLAST - MANU LARCENET




Polza Mancini est en garde à vue, interrogé pour l’agression violente d’une jeune femme. Est-il possible que cette montagne de 150 kilos, à la bonhomie apparente, soit vraiment coupable ? Polza ne le dit pas tout de suite, il préfère raconter, se raconter : la mort de son père, l’abandon du foyer familial, la vie en pleine nature, l’ivresse constante. Parce que Polza est à la recherche du « blast », l’instant parfait. Parce que Polza est bien plus tordu, manipulateur, complexe qu’il ne semble. Mais aussi touchant et parfois poétique.

Les images sont extrêmement puissantes… non seulement les images grandiloquentes et métaphoriques des monolithes de Rapa Nui ou de l’éléphant, mais aussi celles modestes, silencieuses, où un détail, le coin d’une lèvre se soulevant, l’éclat d’un œil, en disent plus long qu’un monologue de plusieurs pages.

L’univers de Blast peut être noir, sordide, cruel, angoissant, on pourrait craindre qu’il soit répulsif et pourtant, par moments, on est hypnotisés, et parfois même émus, par cet être étrange mais fascinant qui est Polza.
Blast n’est pas pour rien « Prix des libraires BD 2010 ».